Deux matinées dans un CLSM : le CLSM intercommunal de Pierrefitte, Epinay-sur-Seine et Villetaneuse
Cette visite est le dernier des trois déplacements entrepris par Rémi Descamps, alors stagiaire au Centre, et consistant à aller « sur le terrain » pour observer des exemples d’activités des CLSM ; ici, de groupes de travail relatifs à la santé mentale des jeunes et à la pédopsychiatrie.
Le CLSM intercommunal d’Epinay-sur-Seine, Pierrefitte-Sur-Seine et Villetaneuse (Seine-Saint-Denis) a vu le jour en 2017. Villetaneuse ne l’a intégré qu’en 2022, date avant laquelle il couvrait les deux premières villes. Sa coordinatrice est Deborah Touati, et ce depuis 2018. Ce CLSM s’est donné trois buts principaux – sensibiliser le grand public sur la santé mentale et déstigmatiser les questions de souffrance psychique ; améliorer l’offre de soins en favorisant une meilleure connaissance des ressources locales – notamment en santé mentale – par les patients, mais aussi une meilleure interconnaissance entre leurs acteurs ; enfin, soutenir les professionnels dans l’accompagnement des situations complexes.
Ma venue, à deux reprises en juin 2023, au sein du CLSM, m’a surtout permis d’observer le second objectif, dont les groupes de travail thématiques sont l’outil principal : en l’occurrence, le groupe « pédopsychiatrie » et le groupe « santé mentale des jeunes ». Ce dernier, qui concerne les 12-25 ans, s’est tenu à Epinay sur Seine à l’occasion d’une réunion le 15 juin. Ce groupe est né du constat d’une importante souffrance psychique vécue par ce public, face à laquelle les professionnels sont d’autant plus démunis qu’ils sont constamment en sous-effectif et parfois isolés.
Dans ce contexte, le groupe de travail permet de « refaire un point sur les besoins constatés, les projets en cours, etc. », avec une échelle intercommunale favorisant des mutualisations. En effet, beaucoup de dispositifs locaux dépassent l’échelle communale, à l’instar de la Mission locale pour l’emploi d’Épinay-sur-Seine, commune aux villes d’Epinay-sur-Seine, l’Île-Saint-Denis, Villetaneuse et Saint-Ouen. Ce qui m’a le plus frappé dans ce groupe de travail est le décloisonnement qu’il illustre : la santé mentale, toile de fond, n’est finalement que très peu abordée dans les échanges. Et pour cause : les participants à ce groupe de travail ne sont pas des professionnels de la santé mentale, mais plutôt de la jeunesse et de l’éducation confrontés à des problèmes de santé mentale via leurs publics. Avec, par exemple la problématique du manque de sommeil chez les jeunes, et de ses retentissements psychiques.
Ainsi, étaient par exemple présents des professionnels de la mission locale pour l’emploi, du programme de réussite éducative (PRE), des cités éducatives ou encore de l’Éducation nationale. Comme l’a souligné une participante, « les questions éducatives et psychologiques sont en général difficilement séparables à cet âge ». J’ai été également étonné de voir l’efficacité du travail en réseau permis par le groupe de travail, et par le travail de la coordinatrice. Environ trente personnes, de tous horizons et exposant des problématiques multiples, étaient présentes ; pourtant, chaque requête trouvait une réponse adéquate, qui permettait d’ouvrir de nouvelles pistes – dispositifs existants, projets menés sur le territoire sur le sujet, etc. L’interconnaissance ainsi permise favorise l’articulation entre les différents acteurs de l’éducation et de la jeunesse (entre autres) du territoire.
Le groupe « pédopsychiatrie », à Villetaneuse est, comme son nom l’indique, davantage axé sur les troubles psychiques rencontrés par les jeunes et par la petite enfance. J’ai participé à une réunion de ce groupe le 22 juin. Il ne rassemble pas des psychiatres, mais plutôt des travailleurs sociaux ou psychologues en contact avec des « jeunes » en souffrance psychique : psychologue à l’Université de Paris-13 ou au programme de réussite éducative, psychologue scolaire, assistante sociale au Centre communal d’action sociale (CCAS) ou au Service santé de Villetaneuse, infirmier en centre médico-psychologique ou dans l’éducation nationale, travailleuse social dans un Institut thérapeutique éducatif et pédagogique (ITEP), etc.
Organisé de la même manière que le groupe de travail précité, il s’articule néanmoins autour de l’offre de soins en santé mentale. En l’occurrence, ce qui a cristallisé les débats lors de la réunion à laquelle j’ai assisté, était la question des troubles du neurodéveloppement (TND), et plus spécifiquement celle des troubles du spectre autistique (TSA). Il est en effet apparu que ce point en particulier faisait remonter le manque de formation des travailleurs sociaux du territoire, dans un contexte de forte pénurie rencontré par la pédopsychiatrie, et plus globalement par le secteur de la petite enfance ; par exemple, faute d’orthophonistes à Villetaneuse, « rien ne peut se faire en termes de troubles du langage, il n’y a plus aucune détection précoce ».
Pourtant, les problèmes qui ne sont pas traités dès la petite enfance, s’accordent les participants, n’en seront que plus prégnants plus tard. Alors que, selon les participants, « les élèves à besoin spécifique sont de plus en plus nombreux », les dispositifs dédiés n’ont pas la possibilité de « suivre », faute de moyens : d’où la question de la formation. Formation des chefs d’établissement, qui sont en demande sur les troubles « dys », sur les troubles du comportement, sur les TSA ; formation des agents de la ville (périscolaire, CCAS) sur les TSA ; formation des professeurs d’université et personnels administratifs sur les troubles psychiques ; formation des parents d’enfants « dys » ou présentant un autre TND à la « guidance parentale ». Cette question de la formation à la relation d’aide de personnels dont ce n’est pas le métier vient poser des problèmes : « il ne faut pas faire des professionnels de l’éducation nationale des spécialistes des psychopathologies ». Quant aux parents, « il est réellement problématique de les professionnaliser ».
Dans ce contexte, la tâche du CLSM – qui est extrêmement ardue – est de permettre que chacun identifie les rares ressources et dispositifs disponibles, et que soit animé un véritable réseau des acteurs de l’enfance et de la petite enfance – via des groupes d’entraide ou de pratique, par exemple. Pour conclure, ces deux groupes de travail m’ont permis de constater pleinement l’interconnaissance et le travail en réseau permis par un CLSM, et à quel point ce dernier est capable de mobiliser des acteurs extrêmement variés dans un contexte qui n’y est pas propice.