La revue de presse d’avril est en ligne !

Le Centre, dans ce récent format, vous propose de revenir sur l’actualité d’avril à travers la presse, en se concentrant sur les initiatives locales en santé mentale communautaire. Retrouvez toutes les infos à ne pas manquer ! 

Prévention du suicide dans la communauté

L’INA, dans sa revue des médias, a proposé ce mois-ci un article sur le traitement médiatique du suicide. En l’occurrence, il s’est agi, pour le programme national de prévention contre la contagion suicidaire « Papageno » de sensibiliser dès 2015 la rédaction du quotidien nordiste La Voix du Nord aux dangers induits par un traitement trop explicite des suicides – mode opératoire utilisé, lieu précis… -, qui était auparavant la règle dans la rubrique « faits divers ». Le risque d’un tel traitement est de provoquer une « contagion suicidaire », parfois appelée « effet Werther ».

C’est un phénomène de mimétisme, de « contagion suicidaire » scientifiquement vérifié et à l’image de celui qui a suivi, dans l’Allemagne du XVIIIe siècle, le suicide fictif du jeune Werther, héros du premier roman de Goethe.

 La pilote du programme Papageno, Nathalie Pauwels, enjoint aussi les rédactions à ne pas « romantiser » les passages à l’acte suicidaires, et à orienter systématiquement les lecteurs vers le 3114, numéro national de prévention contre le suicide. C’est ainsi qu’après un article sur un suicide dans l’enceinte d’un lycée, une vingtaine de lycéens traumatisés ont composé le numéro, et une cellule d’urgence médico-psychologique a été activée.

Sur le même sujet, Charente Libre propose une interview de Patrick Rivière, président de l’association régionale de prévention du suicide et de la promotion de la santé mentale et formateur indépendant, qui donne des conseils en matière de prévention du suicide et déconstruit les idées reçues à ce sujet. Pour lui, le suicidant, qui peut être n’importe quelle personne souffrant de troubles psychiques, est marqué par une forte ambivalence au moment de passer à l’acte, d’où l’importance de panneaux informatifs placés aux endroits où les gens se suicident, avec un numéro de téléphone (en France, le 3114). Ces panneaux ont montré leur efficacité : les gens appellent.

Mais comment prévenir le suicide bien en amont de tentatives ? Pour le spécialiste, il convient surtout de « croiser les informations », dès lors que les suicidants donnent toujours des indices ; ce peuvent être des mots, phrases, que l’on ne prend pas au sérieux, ou bien des éléments dépressifs, des troubles de l’humeur, du sommeil, la perte d’appétit, le désinvestissement, le recours aux toxiques, etc. Il faut, le cas échéant, poser directement la question « Est-ce que tu as des idées suicidaires ? » et, si la réponse est « oui », orienter vers des spécialistes dans la relation d’aide. Ces spécialistes ne sont, néanmoins, pas nécessairement des psychiatres – l’enjeu est que ces personnes soient formées, et, de ce fait, agissent en « sentinelles ».

Pour plus d’infos sur le 3114 et pour en faire un partenaire de votre CLSM, rendez-vous sur le site du Centre national de ressources et d’appui aux CLSM.

 Culture et santé mentale dans la communauté

Ce mois aura été marqué par la sortie de Sur l’Adamant, et par la médiatisation de son plaidoyer, à destination du grand public, contre la stigmatisation des troubles psychiques, et pour des soins en santé mentale s’inscrivant dans la communauté. D’autres initiatives locales de sensibilisation par la culture valent également la peine d’être soulignées ce mois-ci.

Ouest-France détaille l’initiative d’un groupe d’entraide mutuelle  (GEM) de la région de Cholet (Maine-et-Loire), où des adhérents ont co-construit une pièce de théâtre, « À votre santé mentale 2 », avec des professionnels de la santé. Selon le GEM « Soleil de Cholet », il s’agit d’alerter sur la discrimination autour des troubles psychiques, mais aussi de changer de regard sur la maladie, de la démystifier, par le biais d’une approche légère et humoristique encline à interpeller le public.                                                                            

Pour les comédiens, adhérents du GEM dont les difficultés ont souvent été renforcées par la crise sanitaire, l’objectif est aussi de trouver du plaisir par la création culturelle en groupe, par le lien social qu’elle induit, mais aussi de reprendre confiance et parvenir à lâcher prise à travers le théâtre.

Dans une toute autre région, Le Courrier Picard a relayé, dans son édition du 14 avril, un ciné-débat sur la santé mentale à Clermont. Pour cette projection du film « Les Heures Heureuses », réalisé par Martine Deyres, de nombreux partenaires locaux se sont associés : le secteur Santé Mentale CEMEA Picardie, la commune de Clermont, le Centre hospitalier Isarien, ou encore l’ACAP – Pôle régional image. Ce film dépeint, en plein régime de Vichy, qui provoque par négligence une famine dans les hôpitaux psychiatriques qui fera 40 000 morts, la vie d’un asile qui échappe à ce destin : celui de Saint-Alban-sur-Limagnole, dans le centre de la France. Il s’agit là du berceau de la psychothérapie institutionnelle, où François Tosquelles et Lucien Bonnafé, pères du mouvement, exerceront : par son approche humaniste, où les « aliénés » sont considérés comme des individus à part entière, où l’hôpital devient ouvert à la cité – avec pour objectif de redonner une place aux personnes concernées -, ce lieu et ses inspirateurs ont largement influencé la psychiatrie d’après-guerre. 

Réponses aux crises et santé mentale dans la communauté

Outre-Atlantique, au Canada plus précisément, Le Devoir expose un plaidoyer pour une prise en charge des situations de crise par des professionnels de la santé mentale, dans une approche de santé publique, plutôt que par des policiers.

L’éditorial remet cette nécessité en perspective avec la montée du néolibéralisme, qui a mis à mal l’Etat-providence et, de fait, les protections sociales accordées aux plus vulnérables. De plus, plutôt que des réponses sociales et communautaires, ce sont des réponses policières et judiciaires qui sont privilégiées, et avec celles-ci reculent les logiques de prévention pour laisser place à des interventions dans des contextes de crise, qui visent un retour à l’ordre plutôt qu’à l’accompagnement des personnes en détresse.                                                                                                                                         

Il a pourtant, selon l’autrice, été montré que de telles réponses tendaient plutôt à aggraver les crises. Les mesures mises en place pour y pallier, comme des équipes mixtes ou des formations en santé mentale, n’ont pas remis en cause le rôle central de la police dans les interventions, ni amendé une approche sécuritaire du problème. Elle démontre, grâce à une méta-analyse, qu’une alternative existe avec les équipes sociales et communautaires, qui prennent le temps nécessaire pour établir une relation de confiance et sécurisante avec les personnes en détresse ; et pour cause : ce type d’intervention psychosociale n’est pas une question de sécurité publique, mais de santé publique.                                                                                                      

C’est dans cette perspective que la Ville de Toronto a mis sur pied, en 2021, le Toronto Community Crisis Service, où œuvre une équipe multidisciplinaire destinée à répondre à des situations de crise vécues par des personnes ayant des problèmes de santé mentale. Cela montre que la réponse à une situation de détresse doit viser à la désescalade, être portée par des professionnels de la santé mentale, et faciliter une prise en charge par des services de soins et sociaux dans la communauté.