Rapport 2023 sur les inégalités en France : des inégalités de santé toujours aussi prégnantes
L’Observatoire des inégalités a publié son dernier rapport sur les inégalités, financé de manière participative.
Les rédacteurs du document le précisent d’emblée : les inégalités se cumulent – « ouvriers et employés sont le plus souvent dans une position inférieure, avec des bas niveaux de revenus et des conditions de travail difficiles. Ils sont aussi en moins bonne santé, ils vivent dans des conditions de logement défavorables et ont un accès restreint aux loisirs ».
De fait, en égard à ces inégalités, les plus modestes sont plus exposés aux facteurs de risques pour la santé mentale. Par exemple, parmi les ménages pauvres, 33,1% déclarent souffrir du bruit, contre 18,6% des ménages non-pauvres (Données Eurostat, 2020). Or, on connaît les effets du bruit sur la santé physique, mais aussi mentale : par exemple, une étude de Anne-Sophie Evrard et al. Sur le « bruit des avions et la santé des riverains d’aéroport » a démontré que le bruit du trafic aérien avait un effet dramatique sur la consommation de médicaments pour le traitement de l’anxiété et de la dépression et sur l’auto déclaration de ces troubles.
Les facteurs de risques pour la santé s’entretiennent : de la même manière qu’un habitat mal isolé favorise l’exposition au bruit, un milieu de vie peu propice, ou encore le difficile accès à une alimentation équilibrée, font que l’obésité, dont la prévalence est en hausse dans l’ensemble de la population, augmente néanmoins bien plus vite dans les milieux populaires - chez les ouvriers, si 10,1% de la population était obèse en 2000, ce taux est de 18% en 2020 ; chez les cadres supérieurs, on est passés de 7,4% en 2000 à 9,9% en 2020 (étude Obépi-Roche, 2020). L’obésité, tout autant que les nuisances environnementales ou le milieu de vie en général, ont de fortes répercussions sur la santé mentale et physique.
C’est ainsi que, selon le ministère de la santé (chiffres 2016-2017), les employés ont 2,10 fois plus de chances de développer des maladies psychiatriques que les cadres supérieurs, ou que les ouvriers ont 1,92 fois plus de chances que ces derniers de développer du diabète. De même, selon des chiffres plus récents (DREES, 2021), 58% des bénéficiaires de minima sociaux, en 2018, ont au moins une maladie chronique ; en outre, 26% d’entre eux présentent un risque de dépression, contre 10% des actifs occupés.
Face à ces constats, face à cette imbrication entre difficultés économiques et sociales et problèmes sanitaires, il est urgent que les villes agissent sur les déterminants sociaux et économiques de la santé. Cela peut passer par un faisceau de leviers : favoriser l’accès aux soins dans les villes et quartiers paupérisés ; créer un environnement favorable à la pratique d’activité physique, en multipliant les espaces dédiés, dont des espaces verts ; miser sur la restauration collective, qui permet de proposer une alimentation équilibrée et accessible ; développer, sur le territoire, des lieux de vie telles les maisons de quartier pour favoriser l’entraide et le lien social ; mener une politique systémique d’insonorisation des logements, etc.
Pour actionner ces leviers, il est primordial de mettre tous les acteurs des territoires, dont l’action agit sur les déterminants de la santé mentale, autour de la table. Cela se fond dans une philosophie de santé globale, où toute action, toute politique publique aura un impact sur la santé mentale de ceux qu’elle touche. Les CLSM permettent, dans ces conditions, de créer ce décloisonnement, de jouer un rôle d’interface entre acteurs dont les domaines d’action n’ont apparemment rien de commun. Ils permettent, mieux, d’adapter aux contextes locaux, parfois à l’échelle même d’un quartier, des priorités en santé publique définies plus largement.