Une matinée dans un CLSM : le CLSM de Dunkerque
Cette visite est le premier des trois déplacements entrepris par Rémi Descamps, alors stagiaire au Centre, et consistant à aller « sur le terrain » pour observer des exemples d’activités des CLSM ; ici, le « petit déjeuner de la santé mentale » dunkerquois.
Installé depuis 2015, le CLSM de Dunkerque a connu en 2022 une courte vacance de coordination avant que Pierre-Henri Vincke, l’actuel coordonnateur, ne prenne le poste. Ce dernier a alors relancé un temps convivial d’échanges et d’information préexistant, le « petit déjeuner de la santé mentale ». C’est à l’occasion de ce temps, thématique et mensuel, que je me suis rendu au CLSM le 14 avril, à la Maison des associations dunkerquoise.
En présentant les ressources locales sur un sujet précis, les petits déjeuners ont pour but de favoriser l’interconnaissance entre les acteurs locaux de la santé, notamment entre ceux du CLSM et du Projet Territorial de Santé Mentale (PTSM). Ils sont ouverts à tous : professionnels de la santé, du social, de l’éducation ou de la petite enfance, usagers, aidants, habitants…
Le petit déjeuner – où café, thé et nourriture sont servis – du 14 avril avait trait à la santé mentale de la petite enfance, et plus spécifiquement aux troubles du neurodéveloppement (TND). Il s’agissait de présenter plusieurs dispositifs relatifs aux troubles du neurodéveloppement (TND) chez le jeune enfant, notamment la plateforme de coordination et d’orientation (PCO) des Flandres, présentée par le Dr Éric Salomé, pédopsychiatre à l’EPSM des Flandres, et Amélie Maréchal, coordinatrice de la plateforme.
L’objectif de cette plateforme, dont la création s’inscrit dans la stratégie nationale pour l’autisme et les troubles du développement (2018-22 puis 2023-27), est le diagnostic et la prise en charge précoces des enfants porteurs de TND, en amont d’une « stabilisation du diagnostic ».
Ledit dispositif, qui répond donc à un appel à projet de l’ARS Hauts-de-France, est multipartenarial, puisqu’il réunit tous les acteurs de la petite enfance du territoire, des associations telles les Papillons Blancs, l’Afeji (présentée ultérieurement durant la matinée) ou l’Afpa aux acteurs institutionnels comme l’EPSM des Flandres, le CH d’Armentières, le CH de Dunkerque ou encore l’Hôpital maritime de Zuydcoote. Les médecins généralistes, les professionnels libéraux de la petite enfance, ou encore les centres spécialisés sont enfin des partenaires privilégiés du dispositif, chacun ayant un rôle à jouer dans l’accompagnement des enfants concernés – du repérage aux interventions.
L’intérêt du dispositif, au-delà de son rôle d’interface entre acteurs multiples, est également pour moi son approche. En effet, l’approche par « l’intervention précoce » des troubles du neurodéveloppement suppose que ceux-ci ne soient pas nécessairement diagnostiqués « de manière stabilisée ».Le public de la PCO est constitué des enfants de moins de 7 ans présentant des signes évoquant un TND tel que défini par le DSM-V, c’est à-dire un trouble du spectre autistique, du développement cognitif, de la communication, du développement moteur, des apprentissages, ou encore du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
Or, jusqu’ici, ces troubles étaient tous approchés d’une manière différente ; désormais, un réel décloisonnement prévaut, puisqu’on « considère qu’ils font tous partie de la même famille ». Par conséquent, ainsi que le précisait le Dr. Salomé, la question n’est plus celle d’un point de départ fixe, qui serait fonction du TND concerné, mais d’une « approche développementale, où l’on perçoit quelque chose de dynamique ». Cela permet alors de rompre avec une approche exclusivement génétique des TND pour davantage prendre en compte l’environnement, qui va aussi « modifier le trajet cérébral ».
Le petit-déjeuner de la santé mentale, ainsi que la plateforme présentée – entre autres – durant cette matinée illustrent bien, selon moi, plusieurs grands principes des CLSM, à commencer par le décloisonnement des savoirs ; le savoir médical s’enrichit volontiers des savoirs d’autres champs, dans une approche partenariale et horizontale. Par ailleurs, ce décloisonnement va de pair avec une approche globale de la santé mentale, amenant une meilleure prise en compte de l’environnement social et économique des patients dans leurs parcours de soins.